La lettre

Publié le 3 juillet 2012 · Publié dans Dossiers

Droit de réponse concernant la contestation au sujet du futur quartier de maisons sociales, rue Leblicq à Grez-Doiceau.

En référence, l’article de la DH du 22 juin 2012, le reportage de TVCom et les panneaux qui fleurissent dans certaines rues de la commune.

Mon cher village de Grez,

Bien que fière d’être née ici, tu ne m’appartiens pas ! Comme l’air que l’on respire, le ciel, le soleil, la pluie, le vent ou l’herbe qui moutonne au bord des chemins ; tu n’appartiens à personne !

Avec bonheur, tu es notre lieu de « passage » préféré, avec une âme qui raconte l’histoire des familles d’ici, collées à des images jaunies, avec une culture riche des traditions du passé mais toujours ouvert à la nouveauté, avec des repères auxquels les anciens s’accrochent avec entêtement afin de ne pas aller s’égarer ailleurs.

Tu as bien changé au fil du temps. Rassure-toi, aucune ride ou rictus boudeur ne peut altérer cette jeunesse qui te va si bien.

Ton patrimoine commercial et industriel s’est évanoui, notre précieux patois wallon classé « irrévérencieux » tombe peu à peu dans l’oubli, ton artisanat local se fait discret. Cependant l’avenir décomplexé, effronté comme les fleurs de pissenlits, te fait les yeux doux et apprécie ton cœur joyeux et coloré comme les coquelicots rares de nos campagnes.

Peut-être ai-je usé et abusé de formules bien ciselées pour te décrire car tu es généreux, un peu naïf, séduisant sans aucun doute ; fatalement, tu as grandi trop vite à l’instar d’un adolescent irréfléchi et boutonneux comme un cramique…

Les gréziens de souche et les nouveaux habitants souhaitent ancrer leurs racines et planter leurs choux dans ton terroir de p’tit village, plus si petit que cela …

Te parler de pression immobilière est aujourd’hui inévitable. Cette évolution beaucoup moins poétique te remet les yeux en face des ornières et fait grimper les prix des logements tel un ascenseur en folie !

Tu étales sans vergogne tes rêves ambitieux sur les hauteurs de ton vaste territoire, tu revendiques ton histoire à travers les châteaux mais c’est au cœur des milliers de maisons villageoises que survit ton identité populaire sympathique.

Tu me déçois lorsque les jeunes ménages et les moins nantis restent à la vitrine, à te regarder comme on rêve devant une alléchante tarte à la crème juste avant de se résoudre à s’expatrier sous des cieux plus abordables.

Les autorités communales et autres personnes sensées ont compris la nécessité pressante d’accueillir quelques familles de plus, désireuses de s’installer chez toi, d’y revenir ou de ne pas te quitter.

Au moment où le projet d’habitations à loyers modérés au centre de Grez aboutit enfin après maints efforts à tous les niveaux ; une levée de boucliers des riverains sans problème de logement pose problème …

J’ose te confier à toi mon village, ma tristesse, mon incompréhension, mon incrédulité face à une contestation virulente et sans fondement sérieux. Personne ne veut te « défigurer, t’enlaidir, te couvrir de baraquements de casernement ou de tours parisiennes ».

Le manque d’arguments provoque quelquefois une perte de sagesse de bon aloi. Je tiens à souligner que le terme « Ghetto » est une insulte absolue en la matière qui nous intéresse. Plus vraisemblablement, ton petit bout de champs de maïs de la rue Leblicq rappelle très modestement ton caractère rural. Cette plantation ressemble plus à une touffe ébouriffée sur le crâne d’un chauve plutôt qu’à une vaste étendue verte à la bonne saison.

La construction d’habitations sociales est une chance inespérée de vivre à Grez. Ces épouvantails à moineaux n’enlèveront rien à ton charme tellement prisé.

Parle-nous de tolérance, de respect de l’autre et je te reconnaitrai toujours. Modeler un monde à la mesure de chacun est impossible. Merci de me comprendre car la liberté de s’exprimer est fondamentale dans tous les sens …

La simplicité au quotidien n’est pas synonyme de simplicité d’esprit.

Le 26 juin 2012

Danielle Jacquemain